an article about Lantelme (1908)

Scans from “Le Theatre” # 223 (April 1908).

cover-theatre223-1avr1908

Lantelme on the cover.

lantelme-theatre223-1avr1908 Lantelme-Le Theatre223-1avril1908-article

An article about Lantelme  and a photo of her.

The article text (OCR and spell-check by me):

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Mademoiselle LANTELME

Mademoiselle Geneviève Lantelme est très jeune, mais elle est déjà célèbre. Tout le monde connaît ses yeux qui s’étonnent, son nez joli, ses perles. Les femmes observent ses toilettes. Elle a puissamment contribué à mettre à la mode l’abondance des cheveux qui moussent et se gonflent sous le bord hardi des chapeaux. Nous lui devons aussi, plus qu’à toute autre, la gaieté des boucles folles.

Mais il ne faut pas croire qu’elle ne soit curieuse que de robes et de bijoux. Elle est décidée à vaincre et elle est armée pour la lutte. Examinez son cou solide, son front têtu, ses mains. Ce n’est pas une poupée qui est devant vous, mais une femme intelligente et forte. Boldini en a peint un portrait sai­sissant. Il nous a montré, malgré la douceur apprêtée du visage, l’attention toujours en éveil, et l’on est ému comme devant un danger en contemplant cette image noire sur laquelle éclate une rose comme une tache de sang pâle.

Boldini Lantelme1907

Portrait of Lantelme by Boldini.

Mademoiselle Lantelme n’est d’ailleurs pas une héroïne de tragédie ou de drame populaire. Il est fort agréable de causer avec elle pendant un souper. Elle a des répliques inattendues et comiques. Elle sait regarder, et ses remarques sont d’une har­diesse savoureuse. Méchante? Non ! Elle juge ses contemporains avec clairvoyance, et c’est pourquoi sa gaieté peut sembler parfois cruelle. Son expérience précoce la défend contre tous les simu­lateurs. Elle est cependant sentimentale comme une romance.

Certes, nous ne rencontrerons pas, dans son hôtel, le pot de violettes et la cage dans laquelle chantent un serin et un char­donneret. Mais le goût qu’elle ressent — comme tant de femmes — pour les bibelots et les meubles du xviiie siècle, ne l’empêche pas d’aimer les fleurs. Sa demeure est une serre. Elle se donne l’illusion de vivre dans un parc. Elle a pour la campagne cette tendresse qui caractérise les vraies Parisiennes.

« J’adore les bois, dit-elle souvent, et aussi la chasse. »

Et les ailes de son nez palpitent au souvenir des pièces abat­tues. Elle entend les chiens qui aboient, les détonations des fusils. Elle voit le lièvre qui bondit dans l’herbe parfumée et qui tombe foudroyé. C’est une volupté de ramasser le corps tout chaud encore. Mademoiselle Lantelme aurait pu être au nombre des vierges chasseresses qui suivaient dans la nuit la belle Diane, déesse dédaigneuse des hommes et de l’amour.

 

Quand elle parut dans le restaurant où dinaient des gens de lettres et des comédiens, elle était si jeune que, devant elle, les conversations devenaient pures. Comment ne pas respecter la pudeur de cette adolescente au regard naïf, aux cheveux soi­gneusement lissés, à la parole hésitante et timide? Ceci ne se passait pas en des temps très anciens, mais aussitôt après l’Expo­sition, en 1901. Cependant, cette jeune tille, qui ne prononçait que quelques phrases, écoutait avec soin ce qu’on disait autour d’elle. Elle était désireuse, comme un héros de Balzac, de domi­ner Paris, et elle sentait bien que pour arriver à une situation éminente, le tremplin le plus puissant était les planches d’un théâtre. Aussi elle entra, cette même année, au Gymnase, et elle tint de petits rôles dans la Bascule et dans le Détour. Elle avait reçu un emploi plus important dans une comédie de M. Pagat, Pépin cadet. Malheureusement, cette pièce fut jouée en été, pendant un conflit qui mettait aux prises la critique théâtrale et les directeurs de théâtre. C’est dans le Secret de Polichinelle qu’elle fut remarquée pour la première fois. Elle représentait la jeune fille du monde qui oppose le mérite froid d’une éduca­tion correcte à la sincérité de la courageuse ouvrière. Elle fut spirituellement niaise, mais elle ne devait plus symboliser sur une scène la société bourgeoise.

Pierre Wolff

French playwright Pierre Wolff. Scan from “Le Theatre”.

Tout comme une autre, elle venait d’entrer au Conservatoire après un examen brillant. Elle avait été placée dans la classe de M. de Féraudy. Mais M. Pierre Wolff lui offrit d’être, dans l’Age d’aimer, la délicieuse Andrée Bouquet, qui donnait sans cesse la réplique à M. Huguenet. Mademoiselle Lantelme n’hé­sita pas. Elle abandonna la maison du Faubourg Poissonnière. Elle était d’ailleurs encouragée par son maître, qui redoutait, pour son talent fantaisiste, la fâcheuse influence de renseigne­ment offlciel. On se rappelle qu’Andrée Bouquet et son ami Bellencontre furent la joie de la comédie douloureuse que M. Wolff avait écrite. On sent donc que cette petite comédienne a une personnalité. On apprécie son naturel. Elle a le talent de prononcer des répliques amusantes en n’ayant point d’air d’en comprendre la drôlerie. Elle ne souligne pas les effets, et l’on goûte le charme imprévu de sa diction un peu molle. Aussitôt, les petits théâtres la réclament. Aux Capucines, elle joue un acte de M. Edwards, Par ricochet. Le Palais-Royal monte une brève revue de MM. Rip et Ardot, dont elle est la commère, le Bon Inventaire, o gué ! Enfin elle est particulièrement applaudie au Théâtre Royal, dans une comédie de Mademoiselle Svlviac, le Trait-d’Union. Elle y représentait, à côté de Mademoiselle Lucy Gérard, une jeune femme qui débute dans la galanterie, qui manque encore d’audace, qui parait naïve, mais qui sur­passe déjà, par son adresse, celles qui prétendent lui donner des conseils.

Huguenet

Actor Felix Huguenet. Lantelme played with him in her early comedies at Gymnase theatre. Scan from “Le Theatre”.

Le Théâtre Réjane s’ouvre, et, dans la Savelli de M. Max Maurey, c’est Mademoiselle Lantelme qui triomphe. La beauté surannée de ses costumes, la simplicité de sa rouerie furent acclamées, et de cette pièce historique les spectateurs ont sur­tout gardé un souvenir : c’est le souvenir de la petite Madame Durand, qui servit, par sa jeunesse et par sa bonne volonté, la carrière administrative de son mari.

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Lantelme in “La Savelli”.

On regretta vivement de n’avoir aperçu Mademoiselle Lan­telme que dans le premier acte de Paris-New-York. MM. Em­manuel Arène et Francis de Croisset lui avaient confié le personnage d’une théâtreuse que leur héros abandonne pour se marier. Elle mit en valeur, avec une audace singulière, l’ambi­tion, l’apreté, l’inconscience aussi de cette comédienne, et elle mérita pleinement les applaudissements de la salle.

Boyer Rejane

Rejane. Photo by Paul Boyer.

Madame Réjane ne trouva plus l’occasion d’employer les dons de cette jeune artiste ; elle parut cependant dans Ma Cou­sine et dans Zaza. Mais elle n’est point née pour représenter la mondaine qui redoute les infidélités d’un mari, ni la maitresse pauvre et sentimentale qui demeure attachée à l’amant sans for­tune. Lasse de ne pas jouer, elle a quitté le Théâtre Réjane et elle est allée à Lyon jouer le Ruisseau. Son succès fut éclatant, et elle regretta doublement de n’avoir pas créé à Paris le rôle que M. Wolff songeait à lui confier quand il composa sa pièce. Au Théâtre des Célestins, elle joua aussi le Barbier de Séville; pour rendre service à la direction, elle apprit en quatre jours le rôle de Rosine.

Lantelme-Le Ruisseau

Lantelme in “Le Ruisseau”.

celestins

Le theatre des Celestins (Lyon). Old postcard.

Sa mémoire est admirable et elle possède une force de tra­vail peu commune. Elle a résolu d’être une grande actrice, et je ne vois pas pourquoi elle n’y parviendrait pas. Elle a d’incon­testables qualités et une volonté farouche. Elle est de celles qui arrivent au but qu’elles se sont proposé. Elle ne redoute pas les obstacles et elle ne craint personne. Elle osa tenir tête à Madame Réjane, et la troupe du Théâtre Antoine n’a pas oublié les pro­pos violents qu’elle échangea avec le terrible directeur sur la scène du boulevard de Strasbourg.

On a écrit que Mademoiselle Lantelme voulait entrer à la Comédie-Française. Il n’en est rien. Il lui serait pénible, au contraire, de devenir une obscure pensionnaire, de paraître rarement devant le public dans des rôles très brefs. Elle veut, au contraire, jouer et représenter des femmes joyeuses et mélan­coliques, fantasques et graves, indifférentes et passionnées, des créatures contradictoires enfin et d’une riche sensibilité comme sont nos contemporaines, comme est Mademoiselle Geneviève Lantelme.

NOZIÈRE

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3 Comments (+add yours?)

  1. Corinne S.
    Jul 11, 2014 @ 13:42:01

    Votre article est magnifique : le texte de Nozière, les illustrations…tout est intéressant et choisi avec goût.
    Ah, comme j’aimerais trouver un programme des Célestins dans les archives lyonnaises…

    Reply

    • verbinina
      Jul 12, 2014 @ 07:18:30

      J’ai vu quelques programmes sur ebay, mais pas ceux avec Lantelme. Donc c’est possible de les trouver quelque part (j’aimerais beaucoup trouver une photo de Lantelme jouant Rosine…)

      Reply

  2. verbinina
    Jul 12, 2014 @ 07:17:34

    J’ai vu quelques programmes sur ebay, mais pas ceux avec Lantelme. Donc c’est possible de les trouver quelque part (j’aimerais beaucoup trouver une photo de Lantelme jouant Rosine…)

    Reply

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