a text about Lantelme, by Emile Sicard

A text about Lantelme, by writer Emile Sicard, published in his book Films, 1912, pp. 56-59. The complete book text can be found at archive.org  This text shows that for her contemporaries Lantelme was as much a fashion queen as an actress.

LANTELME

« Ginette est morte »

Par cette phrase, le télégraphe annonça à Paris la fin de Lantelme. Lantelme vous savez bien ?

Les journaux ne firent pas de tirage à part, mais c’est à peine… Le boulevard s’émut, des filles de théâtre eurent des crises de nerfs, les reporters coururent chez les domestiques.

Personne ne possédait de détails. On fit des échos avec des improbabilités et le monde discuta avec frénésie le crime, la noyade ou le suicide.

Les uns disaient :

— Ce n’est pas possible!  elle était trop heureuse, elle était trop jolie!

On ne meurt pas quand on porte tant de jeunesse!

Les souvenirs faisaient du cinématographe.

Lantelme passait devant les yeux égarés des fouilleurs d’événements avec sa nonchalance, avec son luxe, avec sa voix faubourienne et découragée.

Tous l’avaient vue: sur scène, aux courses, dans les revues. On savait qu’elle était la plus attirante vraie marque des objets de Paris, la vedette des affiches, la proie des photographes, le mannequin des couturiers.

Toutes les Mimi Pinson la mettaient, droite, dans leurs rêves.

Les robes, les chapeaux, les succès de Lantelme, pensez donc! De quoi faire tourner la tête et la vertu des petites filles des grands magasins de la rue de la Paix!

« Ginette est morte. »

La phrase revenait, jetant son ombre noire sur l’éblouissement que l’on déployait de cette vie de femme dont le coeur étouffait, peut-être, sous les bijoux.

Et l’on voulait savoir de plus en plus, parce que l’on devinait de moins en moins.

Pourtant une information précisa :  « Lantelme est tombée d’une fenêtre du yacht sur lequel elle prenait ses vacances avec MM. Edwards, Cuvilliers et Mademoiselle Vermell de La Renaissance. Le corps emporté par le courant n’a pas été retrouvé. »

On pensa à Ophélie. Le décor romantique du Rhin nécessitait des comparaisons littéraires.

Et l’on souffrait un peu du réalisme de cette mort que contaient en détail, maintenant, les journaux et qui ne contenait aucun clair de lune.

« Ginette est morte. »

— Elle s’est penchée à la fenêtre parce qu’elle avait mal au coeur, vous comprenez, parce qu’elle avait mal au coeur… Vous n’imaginez pas cela, n’est-ce-pas, une femme, la plus jolie femme de Paris, ayant besoin de vomir!

Comme nous sommes tous les mêmes!

Seulement, cette fois, il eut mieux valu ne pas savoir…

Les fleurs devraient mourir avec du soleil autour d’elles!

Et Ginette est morte avec de l’amertume dans la bouche et avec de l’eau… avec de l’eau… une eau qui aurait pu la caresser et qui lui a gonflé le ventre, englouti les yeux, amolli la chair.

Elle était en petit bonnet de dentelle et en chemise de nuit lorsqu’elle glissa de sa chambre dans le fleuve!

Pauvre corps flexible et adoré, livré au courant, que des mariniers remontèrent dans leurs filets!

« Ginette est morte ».

Nous ne l’entendrons plus être légère et nous ne la verrons plus donner le signal de l’apparente joie, à laquelle nous nous laissions prendre!

Le verre est brisé où moussait le champagne.

C’est à vous faire pleurer de comprendre que l’on n’a jamais assez bu tandis qu’on le pouvait!

Ginette ! Ginette ! où êtes-vous ? Y a-t-il de l’ombre où vous êtes? Peut-être Dieu vous appela-t-il à lui pour que vous lanciez la mode, cet hiver, dans son Paradis.

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