an article from Gil Blas

An interesting article from Gil Blas, 27 July 1911. I can’t translate it to English, I think google can do it better 🙂 The author was a theatre critic who knew Lantelme. This article was written few days after her tragic death. Most of these articles were about her career in theatres, but this one is also about personal impressions.

Mlle Lantelme

Il y a quelques années des journalistes et des gens de théâtre se réunissaient, à l’heure du dîner, dans un restaurant du boulevard. On bavardait gaiment, de table à table. Un soir, on vit arriver une gamine. Elle ne semblait pas avoir seize ans. Etait-elle jolie ? On n’aurait pu le dire. Il est certain qu’elle avait de grands yeux qui s’étonnaient, un nez très fin, un aspect timide. Tout le monde la regardait avec plaisir : c’était Mlle Geneviève Lantelme.

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Young Lantelme.

Lantelme ? Lantelme ? Mais attendez donc : il y eut jadis, au Châtelet, une belle fille qui jouait les rôles de fée et dont on admirait les formes abondantes ? Cette petite Geneviève ne serait-elle pas son enfant ? Non! Elle n’était pas de la famille. Elle avait grandi loin de la scène, à Paris d’ailleurs, dans le quartier des Batignolles. L’année dernière, elle avait encore sa natte dans le dos. Elle donnait ces renseignements sans oser regarder ceux qui l’interrogeaient. Elle se sentait dépaysée dans ce monde littéraire et dramatique. Autour d’elle les dîneurs faisaient allusion à des faits, du reste insignifiants, qu’elle ne connaissait point. Elle craignait de parler. Parfois, elle se hasardait à poser une question ingénue. Sa réputation fut vite établie : agréable personne, mais d’une naïveté excessive.

On se trompait. Elle n’était point sotte et elle devait bientôt le prouver. Il va sans dire qu’en cette compaignie elle eut bientôt l’ambition d’être comédienne. Elle entra au Conservatoire. Mais M. Maurice de Féraudy ne tarda pas à lui dire :

— Ne reste pas ici, ma petite. Tu n’arriverais à rien.

L’éminent sociétaire ne parlait pas ainsi parce qu’il n’avait nulle confiance en cette élève. Au contraire, il la tenait en singulière estime. Il avait découvert en elle une fantaisie qui ne pouvait qu’être entravée par l’enseignement officiel. Il comprit qu’elle ne devait pas suivre la route qui mène tout droit à la Comédie-Française ou à l’Odéon. Il fallait qu’elle débutât sans tarder sur les théâtres dès boulevards.

Parmi les camarades du restaurant, il y avait M. Pierre Wolff qui devait donner prochainement au Gymnase une comédie : L’Age d’aimer. Le principal rôle était destiné à Réjane; mais il y avait, au second plan, une petite femme qui était faussement bête, et tendre très sincèrement. L’auteur n’hésita pas à choisir pour interprète la petite Lantelme. Elle fut très applaudie auprès de M. Huiguenet. Elle représenta encore une charmante provinciale qui a suivi à Paris son amant, et qui s’étonne devant les complications de la vie irrégulière, mais qui devine aisément les avantageuses roueries : c’était dans un acte exquis de Mme Sylviac, — Sylviac, qui devait devenir une de ses meilleures amies.

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Lantelme in L’Age d’Aimer

Déjà, Paris n’ignore plus Mlle Lantelme. Il l’a accueillie avec faveur. On la voit passer, très élégante, dans sa voiture-automobiile. Ses yeux sont célèbres et aussi le grain de beauté qui orne sa pommette droite. On s’intéresse à ses costumes, à ses chapeaux. Elle a un hôtel délicieux dans la rue Fortuny. On se dit cependant qu’elle me tiendra jamais que des rôles secondaires, et même qu’elle jouera toujours, au second plan, le même rôle. On ne soupçonnait pas qu’elle eût la volonté d’arriver, qu’elle travaillerait pour devenir une bonne actrice. D’ailleurs, comme toutes les femmes élégantes, elle a du mal à détruire la légende qui veut qu’elle soit bête. Elle doit lutter avec énergie contre cette fâcheuse renommée, tout comme Mlle Madeleine Carlier pour qui elle a de la sympathie.

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Lantelme in her car. Drawing by Sem.

C’est alors que Réjane ouvre son théâtre. Elle se rappelle que Mlle Lantelme a joué auprès d’elle dans l’Age d’aimer. Elle l’engage. Nous n’avons pas oublié la grâce et la fantaisie de Mlle Lantelme dans la Savelli, de MM. Max Maurey et Gilbert-Augustin Thierry. Elle était délicieuse sous les costumes du Second Empire. Elle portait avec esprit la lourde crinoline. Elle joua avec une malicieuse simplicité la petite théâtreuse de Paris-New-York, la pièce de MM. Emmanuel Arène et Francis de Croisset. Elle prit part aussi à la reprise de Ma Cousine. Et puis il y a entre elle et Réjane des difucultés, un procès. Réjane est la locataire de M. Alfred Edwards qui venait souvent dans son théâtre. Il s’intéressa à Mlle Lantelme et l’épousa.

Elle joue, à Bruxelles, dans le Roi, de MM. de Flers, Caillavet et Emmanuel Arène, le rôle qu’avait créé à Paris Mlle Lavallière. Elle le tient aussi aux Variétés. La tâche était délicate. Mlle Lavallière a un talent et une autorité que tout le monde admire. Mlle Lalntelme ne chercha pas à l’imiter. Elle eut une gaîté moins éclatante; mais elle montra peut-être, à la fin de la pièce, une émotion plus pénétrante. Dans le Circuit, de MM. Feydeau et de Croisset on s’étonna de son audace et de son tact. Elle quitta la scène des Variétés pour entrer au Vaudeville. Elle jouait une grosse partie. Mais elle fut acclamée dans le Costaud des Epinettes, de MM. Tristan Bernard et Alfred Athys, et aussi dans le Marchand de Bonheur, de M. Henry Kistemaeckers. Dans ces deux pièces, elle avait montré une sensibilité très fine. Elle avait prouvé que son talent s’était affermi. Son jeu devenait plus ample. Elle n’hésitait pas à aborder l’interprétation des claissiques, — des petits classiques, — en allant jouter avec entrain, à l’Odéon, les Trois Sultanes, de Favart. Cependant en fut inquiet quand les courriers des théâtres annoncèrent qu’elle créerait, avec Mme Le Bargy et Mlle Margol, le Vieil Homme, de M. Georges de Porto Riche. Serait-elle capable de dire la belle prose de ce maître ? On en pouvait douter. Elle sortit à son honneur de cette épreuve redoutable. Et puis elle fut la Gamine, de MM. Pierre Veber et de Gorsse et elle mena à la centième, — et plus loin encore, — cette agréable comédie.

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Lantelme in Le Roi.

En se rappelant cette carrière trop brève, je ressens du respect pour le talent et pour la volonté de cette femme élégante. Elle aurait pu vivre tranquillement, dans l’oisiveté. Elle travaillait. Elle avait dans le sang l’amour du théâtre. Il y a quelques semaines, je la rencontrai avec M. Alfred Edwards dans un restaurant des Champs-Elysées. Il faisait bon. On était heureux de respirer. Mais déjà elle se levait de table:

– Où allez-vous ? Il est huit heures.

РEh bien ! Et mon th̢̩tre ?

Elle jouait à Femina, avant de partir en vacances, quelques rôles qu’avaieint écrits pour elle MM. Rip et Bousquet dans leur amusante revue V’lan! Il fallait qu’elle répétât, qu’elle lût sur la scène. C’était sa vie.

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Lantelme in V’lan! (left). Dress by Parry (Jean Patou).

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Lantelme in V’lan! (right). Dress by Parry (Jean Patou).

Mlle Lantelme avait su réunir autour d’elle des amis très fidèles : ses auteurs, Boyer, qui fut longtemps le photographe des théâtres ; le musicien Charles Cuvillier, des acteurs tels que Paul Ardot, Max Dearly, Defreyn, des camarades comme Mlle Ventura, Mlle Colonna Romano, Mlle Jeanne Fusier, et Marguerite Deval et Lavallière. Une femme qui l’aimait bien, et qui doit la pleurer, très loin, dans la République Argentine, c’est Mme Marie Magnier. Pendant quelques mois, chaque soir, après le théâtre, elle venait souper dans un restaurant, près de la Madeleine. La table qu’elle présidait s’allongeait, s’allongeait finissant par occuper tout le fond de la salle. On riait. On discutait les pièces nouvelles. On faisait de merveilleux projets. Et puis, M. Et Mme Edwards prirent l’habitude de souper sagement, chez eux, avec quelques amis.

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Lantelme and Paul Ardot.

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Sem and Eve Lavallière. Drawing by Sem.

Quand je cherche à me rappeler Mlle Lantelme, je revois nécessairement des réunions joyeuses, — et c’est aujourd’hui très doloureux. C’est un souper de réveillon dans l’hôtel de la rue Fortuny. Un petit salon avait été transformé en charcuterie burlesque. Il y avait là des cartonnages qui représentaient des jambons, des hures, du boudin. En costume professionnel M. Edwards accueillait ses invités. Max Dearly dansait la valse chaloupée avec Mlle Mistinguett. A table on eut la surprise d’un menu spirituellement dessiné par Sem !

Je l’aperçois dans l’hôtel de la rue Constantine. Il y là le caricaturiste de Losques qui souvent fit sa charge sans jamais se laisser aller à un trait méchant. Voici Abel Faivre aussi, qui a peint son portrait. Les meubles sont de style et les nuances sont calmes. Les salons et la salle à manger donnent sur un joli jardin. Après le dîner, les hommes jouent. Autour d’une table, Mlle Lantelme et ses amies interrogent l’avenir. Elle était très superstitieuse. Elle allait chez les tireuses de cartes, chez les chiromanciennes. Elle serait demeurée pendant de longues heures auprès d’une table pour être en communication avec les esprits, pour obtenir de l’écriture spirite. Je me rappelle l’attention avec laquelle elle écoutait les craquements, la fièvre avec laquelle elle cherchait à déchiffrer les lettres tracées par le médium. Elle sait aujourd’hui, — hélas ! — le mystère de l’au-delà !

Lantelme affiche La Gamine de Losques 3

Lantelme by de Losques.

Parfois une voix interrompait la sienne :

— Ginette !

C’était Edwards qui la rappelait doucement à ses devoirs d’hôtesse. Les invités avaient soif ou désiraient fumer. Un ordre, et la séance de spiritisme ingénu reprenait jusqu’au moment où, de nouveau, Edwards disait:

– Ginette !

Il prononçait ce petit nom avec une tendre gaîté :

— Ginette ! Ginette !

Il ne le dira plus.

Or, ce soir-là, nous avions interrogé les esprits, avec Mlle Lavallière et Mlle Harlay. Il était tard. C’était l’été dernier. Oni alla dans le jardin. Edwards y avait fait placer cette lumière électrique bleue qui donne aux objets et aux arbres un aspect de féerie, mais qui est terrible pour les visages. Quand une femme passait sous cet éclairage, nous poussions des cris. Les figures étaient livides ; les joues étaient creuses ; les lèvres étaient violettes. Nous avions un peu peur de ces visions macabres; aussi nous nous empressions de rire, de rire trop fort…

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Garden near the house where Lantelme lived.

Et je revois, aujourd’hui, sous cette lumière funèbre, spectrale, la pauvre Lantelme.

Nozière.

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2 Comments (+add yours?)

  1. Corinne S.
    Aug 31, 2013 @ 12:32:06

    Cet article est touchant, c’est un superbe hommage à Lantelme, il prouve qu’elle avait su se faire aimer de certains critiques.
    Bravo pour cette trouvaille !

    Reply

    • verbinina
      Sep 05, 2013 @ 20:08:38

      Ce qui est intéressant, c’est qu’elle avait eu une querelle assez violente avec ce meme Nozière.

      Il y a quelques années on a revendu les archives de ce critique, et la liste mentionne parmi les lettres celles ou celle de Lantelme, mais sans déscription détaillée.

      Reply

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